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ENVIE DE CULTURE / Berbere Trash la talentueuse Saphia Azzedine

ENVIE DE CULTURE / Berbere Trash la talentueuse Saphia Azzedine

Coup de cœur littéraire droit devant…Oui, ici on parle chiffons souvent et culture parfois… 

"Ecrire, c’est hurler sans bruit " disait Marguerite Duras. Etrange comme cette citation colle à la gouaille de la princesse orientale, Saphia.

 

 saphia

LA RENCONTRE

 

J’ai découvert Saphia Azzedine, jeune auteure de 29 ans, par un heureux hasard lors d’une ITW dans le Grand Journal de Canal+.

Littéralement couvée des yeux par l’ami Ali Baddou, sobrement belle, elle l’est mais pas que…Saisie de prime abord par la présence intelligente et magnétique de cette Shéhérazade des temps modernes, je l’écoute, attentive…j’apprends qu’elle fût un temps la fiancée du ptit gars de Trappes, Jamel Debbouze, avant Melissa Theuriau, mais n’en fait pas son fond de commerce…séductrice…féminine, vivante, engagée, un peu rageuse, insolente, elle débite…pose par moments mais qu’importe : son parler vrai suscite l’envie irrépressible  de découvrir son oeuvre. Aussitôt dit, aussitôt fait, dès le lendemain après un crochet par la Fnac, me voici en possession des deux précieux : « Confidences à Allah » et « Mon père est femme de ménage ».Je m’y jette pour découvrir un joyau, spécialiste de la formule qui tue et du cœur tendre savamment camouflé sous une peau de vache, je vous invite à découvrir ces pépites.

Née au Maroc d’une mère normande et marocaine et d’un père marocain, a grandi à Ferney-Voltaire. Baccalauréat littéraire en poche, licence de sociologie, un an à Houston (Texas) travaille un temps dans les pierres précieuses à Genève puis devient journaliste puis scénariste. Elle incarnera  très prochainement au cinéma la petite sœur de Kad Merad dans "L’Italien".

 

CONFIDENCES A ALLAH

Saphia Azzedine y décrit le chaos de la vie de Jbara, jeune bergère marocaine pauvre qui échappe à la pauvreté en vendant son corps tout en se confessant à Dieu. Cette chronique sociofamiliale parue en 2008, aussi tendre que percutante, est une vraie réussite. Elle  traite de la misère en pays musulman et analyse comment la misère et par voie de conséquence, l’ignorance peut engendrer barbaries et extrémismes. Ce roman pose la question du monothéisme et, surtout, nous interroge sur les dérives de l’application de ses dogmes, dénonçant injonctions hypocrites, oppression et machisme au Mahgreb avec pour seul et unique question : comment Dieu pourrait-il commander et cautionner de telles choses ?

Adapté en pièce de théâtre pour le festival (off) d’Avignon en juillet dernier, il devrait être joué prochainement au théâtre Montparnasse. Il se chuchote qu’une adaptation ciné se préparerait également pour 2009… Nabil Ayouch (Ali Zaoua, Mektoub) devrait le film.

Confidences à Allah de Saphia Azzedine

Extrait

« Je me marie aujourd’hui. L’imam n’a que deux femmes et il a aimé mes yeux verts. En plus il fait une bonne action. Le seul problème c’est que je ne suis pas vierge et que sa mère veut voir le drap. (…)
Les belles-mères d’ici veulent des esclaves pour leurs fistons, qu’elles ont élevés comme des petits rois. Et surtout elles veulent se venger sur nous les belles-filles de leurs propres belles-mères, qui les ont fait chier toute leur vie aussi. Elles éduquent leurs fils comme des machos et leurs filles comme des bonniches. Tant mieux si son mari lui a mis des beignes, c’est la faute des mères tout ça. C’est un cercle sans fin. Je vais la baiser. Moi je ne suis pas une bonniche, je suis une pute. Elle va voir.
Bon, c’est l’heure, je dois aller coucher avec mon mari. Je suis aux toilettes, je me taillade l’avant-bras, fais couler le sang dans un petit sachet en plastique et mets un pansement. Je vais être vierge.
J’entre dans la chambre, mon immonde mari est sous les draps et ma connasse de belle-mère nous observe par le coin de la fenêtre. Elle croit que je ne la vois pas. Je baisse les stores sur sa gueule, j’espère lui avoir cassé le nez. Je fais semblant d’être un peu gênée, je prends mon temps pour me déshabiller, genre j’ai pas l’habitude, et je respire bruyamment. Il me caresse la tête pour que je me calme.
Ça marche. Il bande. J’ai un réflexe mais je m’arrête vite. J’allais mettre de la salive dans ma chatte, sauf que je ne suis pas censée savoir qu’on fait comme ça. J’ai mon petit sachet dans la main, je le presse fort au moment de la pénétration. C’est bon, je suis vierge. Et maintenant, j’ai un toit. C’est fini, mon mari se rhabille. Moi aussi. Et sa mère frappe à la porte pour récupérer le drap avec la tache de sang et youyouter dans toute la baraque avec ses copines.
Salopes aussi.You you, you you !”

Saphia Azzeddine, Confidences à Allah (Léo Scheer, 2008, p. 123-125)

 

MON PERE EST FEMME DE MENAGE

 Dans son deuxième roman, c’est Paul le héros, un ado de 13 ans au début du livre et dont on va suivre la vie de la quatrième jusqu’à la fin du lycée. Paul n’admire pas démesurément sa famille, il trouverait plutôt qu’elle craint. Ils ont quitté la Bretagne pour Paris mais ont échoué dans une banlieue pourrie. Visage quelconque, puceau, et doté d’une famille quelque peu désunie : sa mère ne vit que pour les potins people, sa soeur est une petite peste qui rêve de devenir noire, de gagner un concours de beauté et son père, qu’il aime sans admirer (et c’est tout le problème), et qui est agent d’entretien, ou "femme de ménage". Paul en a honte de ce père mais, à la fin des cours, il lui donne quand même un coup de main. Sur les étagères de la bibliothèque municipale qu’ils nettoient ensemble se trouve la belle idée du livre : Paul n’est pas condamné à finir sa vie entre ces tours moisies, les romans qu’il découvre par lui-même lui permettent de s’élever. Tant pis si son quotidien est triste, puisque les mots lui permettent d’en rire. Le livre est (trop) rapide, touchant et drôle. Ça se lit d’une traite et on en sort sonné.  

 

 mON PERE EST FEMME DE MENAGE DE SAPHIA AZZEDINE

Extrait

« Mon père a refermé la bouche en mâchant dans le vide, il s’est redressé et a regardé sa montre. On était vendredi, je n’avais pas école le lendemain. Donc je pouvais l’aider. Embarrassé à l’idée de m’imposer sa vie, il trouve toujours un moyen d’alléger le truc. Là, il a dit : — Bon alors mon Polo, tu viendé ou pas ce soir ? Une petite faute de français rigolote pour soulager tout ça, un peu d’humour pour camoufler le désastre de la soirée. Une soirée qui est sa vie en fait. J’ai souri, ça détend mon père, et j’ai répondu comme à chaque fois : — Je viendé, je viendé… Je l’aime mon père, mais j’ai du mal à l’admirer. Souvent, quand je le regarde, il est à quatre pattes, alors forcément, ça manque un peu de hauteur tout ça… »





 

 

 

 

 ITW 

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Pour clore ce post coup de cœur littéraire dont je l’espère, vous me direz des nouvelles, je vous invite à découvrir l’interview de Saphia Azzedine parue dans Gala en août 2009 et son itw Blinder parue sur Grazia.fr. 

GALA Propos recueillis par Emmanuelle Pavon-Dufaure

 Gala: On vous présente comme le petit phénomène littéraire de la rentrée, intrigante, scandaleuse… presque trop belle pour être vraie?

 

Saphia Azzeddine: Tant mieux si on me trouve jolie, tant mieux si je suis un peu intrigante… Scandaleuse? Oui, parce que mon premier roman s’appelait "Confidences à Allah", le simple fait qu’il y ait le mot Allah était scandaleux en soi. Alors, après, on s’attendait à ce que je tape sur l’islam comme le font la plupart des écrivains à l’heure actuelle, ça n’a pas été le cas. Moi, je m’en fous, ce qui m’intéresse ce sont les histoire d’hommes, de femmes qu’on n’écoute jamais, comme celles des prostituées…

 

Gala: Une Suisse, ex-assistante diamantaire, qui vit dans le 7e arrondissement de Paris et écrit sur un petit Beur de banlieue, c’est un peu paradoxal, non?

 

S. A.: Oui, c’est mon luxe à moi. Quand je vais à Figuig chez ma grand-mère, au Maroc, je suis dans une maison en terre, je dors sur des tapis, je fais ma lessive, la vie est dure. Mais je revendique aussi le café de Flore. Je peux poser mes fesses n’importe où. Alors, voilà, je n’ai pas grandi en banlieue, je n’y suis jamais allée, mais j’ai des yeux, des oreilles et devine les attentes d’un gamin de banlieue qui fait tout pour s’en sortir…

 

Gala: Est-ce qu’il n’aurait pas beaucoup de Jamel en Polo, ce petit gars complexé par son physique qui s’en sort grâce aux mots…

 

S. A.: Euh… consciemment, non. Maintenant, c’est vrai que dans la manière de parler, dans les dialogues, je pense que ce sont des choses que j’ai entendues quand j’étais avec lui. Quand Jamel parlait avec ses copains en particulier parce qu’il vivait toujours en bande. Mais ça ne m’intéressait pas de raconter son enfance, je pense qu’il le fera beaucoup mieux que moi.

 

Gala: Le père de Polo est homme de ménage, celui de Jamel n’était-il pas agent d’entretien à la RATP?

 

S. A.: Son père était d’abord épicier, agent d’entretien pendant une courte période parce qu’ensuite il est tombé malade… je me souviens vaguement de ça. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait du Jamel en Polo mais peut-être qu’inconsciemment…

 

Gala: On vous présente souvent comme l’ex de Jamel, cela vous ferait plaisir que ce soit l’inverse?

 

S. A.: Non. Ce qui me ferait plaisir, c’est qu’on ne m’appelle plus l’ex de Jamel, parce que dans ces cas-là, je suis aussi l’ex de trois autres hommes. Alors, je sais, je fais l’idiote, Jamel est connu, les autres pas. Chacun sa vie. Il est marié, il a un enfant, ça va, quoi… on passe à autre chose.

 

Gala: Avez-vous gardé de bons rapports?

 

S. A.: On n’en a pas gardé du tout… Une fois que la page est tournée, c’est absolument impossible pour moi de garder un lien d’amitié avec un homme. Pourquoi ? On s’est tout dit.

 

Gala: Vous êtes écrivain, actrice, scénariste, bientôt réalisatrice. N’avez-vous pas peur de devenir la fille dans le vent… un peu comme Amanda Sthers, qui s’en est pris un sacré, vent, avec son premier film Je Vais Te Manquer?

 

S. A.: Alors, honnêtement, je n’y pense pas du tout, je ne me suis jamais comparée à Amanda Sthers. Il faut juste savoir s’arrêter quand on a rien à dire. J’espère avoir le recul nécessaire. En attendant, je profite de la brise.  

  

ITW BLENDER parue sur Grazia.fr

Auteur:  Lucie Souliac  

Nom : Azzeddine Saphia
Age : "Une femme qui vous dit son vrai age pourrait vous dire n’importe quoi" (Oscar Wilde)
Nationalité : Francaise et marocaine

 

MODE (photo de son dressing ci-dessous avec une magnifique robe nude Chloé)


Vos musts : des escarpins compensés Maloles, un chatouche beige et la Oui-Oui de Dior.
Votre fashion blocage : le pantacourt, les chaussures à bout carrés, les jupes à frange, les pulls à message, le mauve, les bottes avec les orteils découverts.
Votre dernier achat compulsif : les ballerines en plastique à cinq euros chez Leclerc, de toutes les couleurs.
Votre dernier caprice : des escarpins Armani, trop hauts.
Votre prochaine lubie : des boots compensées Louboutin trop hautes, encore.
Un accessoire : Le Birkin d’Hermès
Dans votre sac : un Carmex, 4,20 euros minimum pour un thé et ma clé.
Un designer : Giorgio Armani

 

 mon-dressing-tous-les-jours-j-ouvre

 

 BEAUTE

Un moment de détente : devant "En terre inconnue" sur France 2
Un parfum : 24 Faubourg d’Hermès
Jamais sans : khôl
Un sport : j’aimerais tellement…

CUISINE

Salé ou sucré ? L’un puis l’autre.
Votre arme de séduction gastronomique : le sikok (couscous avec du lait caillé). C’est peut être pour ça que je suis célibataire.
Votre péché mignon : un Yes mais ça n’existe plus alors les Donuts au sucre de chez Champion
Votre food blocage : l’aigre doux

LIFESTYLE

Une expression : Ssssttttaaaaddddiiirrrreeee? (à n’importe quel propos, n’importe quand)
Un mot : Audacieux
Un juron : Kes Emik (en arabe qui veut dire littéralement "Le vagin de ta mère")
Une rue de Paris : Rue de l’Université, là ou tout a commencé
Une nationalité : je n’aime pas ça.
Une adresse : Wasteland, 7428 Melrose Ave
La pire question : "Vous vous sentez plus française ou marocaine ? " (avec un sourire niais en prime)
Une ville : Beyrouth
Une pièce de votre appartement : mon appartement fait une pièce hahaha
Un lieu de rêve : l’Amanpuri à Phuket
La faute de mauvais goût : la french manucure longue et carrée avec incrustation de brillant.
Un plaisir inavouable : éternuer très très fort la bouche ouverte quand je suis seule et m’essuyer avec l’avant bras.
Une phobie : la foule dans les parcs d’attraction
Un moment sacré : le gouter.
Dans votre voiture : je klaxonne
Un moment de solitude : quand je dis la phrase de trop
Le métier dont vous rêviez enfant : anthropologue (pour l’allure du mot)

CULTURE

Un héros littéraire : Le père de Polo (héros de Mon père est femme de ménage, ndlr)
Le personnage d’une série : Chandler dans Friends
Un tableau :L’odalisque en ré de Wygor Abramstella
Un film culte :Nos plus belles années (de Sydney Pollack) et Affreux, sales et méchants (d’Ettore Scola)
Votre playlist en voiture : Pitbull (1234) et Angus&Julia Stone (Paper Aeroplane)

SEXE

Votre point G : la nuque
Une arme de séduction : Faire rire (mais quand même bien habillée et bien maquillée)
Une scène de film ou littéraire : Dans Les femmes de ses rêves, quand Ben Stiller part en lune de miel à Cabo et qu’il se rend compte sur l’autoroute qu’il a épousé une folle…
Pour vous la femme Grazia c’est… un cocktail de Rachel Weisz, Stéphanie Seymour et Rania de Jordanie.

  

Vite, vite le plaisir de gouter au week end avec de la bonne lecture.  

Après les avis dithyrambiques de mon homme sur "LA STORY"  de James Frey, je me suis lancée et ce rubiscube littéraire dans la veine des films  "Magnolia" et  "Collision" ne me laisse aucune seconde de répit.Je vous le conseille vivement…son roman met en scène une poignée de personnages, en haut de l’affiche ou au fond du caniveau – d’où l’on conserve aussi une belle vue sur les étoiles dixit "Marie Claire".

 A lundi !

 Signature

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 Comments

  1. Posted October 23, 2009 at 13:40 | #

    Coucou,
    J’ai adoré ton article surtout que j’ai fait également mon Lycée à Ferney Voltaire :) ( c’est une ville frontalière à Genève). J’aime beaucoup son style d’écriture,elle est franche, elle est très belle. A ferney la rumeur circulait qu’elle devait se marier avec Jamel…on comprends pourquoi ils n’ont plus rien à se dire…Bref merci pour ce ptit moment de bonheur

  2. leila
    Posted November 4, 2009 at 17:52 | #

    j'adore cette fille, j'adore ses livres, son esprit, son humour decale, et sa beaute. On va entendre parler d'elle, bientot on dira jamel l'ex de saphia c'est sur. je suis d'accord avec toi ilham on comprend qu'ils soient plus ensemble, elle allait lui faire de l'ombre, c'est plus facile d'etre avec une presentatrice tele qu'avec une fille qui brise des tabous comme dans confidences a allah. moi ce livre m'a fait un bien fou disant tout haut ce que beaucoup de musulmans pensent tout bas, bam coup de poing dans le ventre assure!! et le deuxieme, a chaque ligne, des formules qui resonnent dans ta tete. j'espere qu'avec le succes elle va pas changer comme tous les autres. en tout cas pour l'instant A lire absolument!

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