Petit rappel pour mes lecteurs séquestrés dans un abri antiatomique ces 40 dernières années…Non, Nostradamus et l’ami Rabanne (restent les Mayas, 2012 ?) s’étaient fourrés le doigt dans l’œil, vous pouvez sortir désormais et goûter aux délicieux plaisirs du troisième opus de Charlotte Gainsbourg, fille des amants terribles : Serge, l’artiste iconoclaste de génie, et la superbement fantasque british, Jane Birkin.
A quelques encablures de New York (j-3) et ses frimas (températures oscillant fébrilement entre -3 et 4 degrés !), je me devais d’aborder un émoi tout particulier ressenti vendredi dernier en découvrant sur le plateau du « Grand Journal », Marion Cotillard et Charlotte Gainsbourg, deux femmes exemplaires, deux destins, résolument ancrées dans leur temps, couronnées de succès, toutes deux filles d’artistes, bien nées artistiquement mais si profondément différentes, un tel gap les séparait…tout bonnement saisissant.
Au fur et à mesure de leurs interventions respectives, à aucun moment n’est abordée la parenté de la première malgré une mère comédienne, un père réalisateur et une enfance passée sur les planches. En revanche, pour la seconde, aucune chance pour elle d’échapper à sa lignée, Denisot et sa team l’attendent (mollement certes) au tournant…
Dur dur de passer après la personnalité singulière qu’était son cher père. Plus qu’un chanteur car musicien, compositeur, poète, écrivain, acteur, réalisateur, peintre, “ l’homme à la tête de chou ” fut avant tout un immense mélodiste et un auteur de génie qui savait manier la langue française avec un talent très personnel.
Aussi, la mystérieuse Charlotte jusqu’ici beauté farouche effacée, écorchée vive en souffrance restera longtemps aux yeux du monde, l’autre Gainsbourg, celle qui porte en elle « Serge » et incarnera à tort ou à raison cet homme génial, fardeau (inconscient) dont elle aura du mal à se détacher, traumatisme d’un génie en héritage, leg douloureux dont elle a, aujourd’hui su s’affranchir, exorcisant ses démons à grand renfort de mises en danger artistiques (films d’auteur, trois albums, égérie Balenciaga et sa consécration lors du 62e Festival de Cannes, avec le prix d’interprétation pour son interprétation intense et sexuellement explicite dans le très décrié « Antichrist » de Lars Von Trier), pour enfin, être elle-même, exister désormais en tant qu’artiste et devenir Charlotte avec un grand « C ».
Le complexe Gainsbourg comme elle ne nomme elle-même…son démon
« Je suis complètement bloquée par la figure paternelle. Je n’ai pas envie de faire des choses nulles. J’ai peur de la comparaison, je ne suis pas humble du tout. Pour moi, c’est pratiquement inabordable. J’ai envie de faire quelque chose qui me plaise autant que ce que je lis de lui. Soit j’ai une patte et je me détache, soit j’écris en anglais. Mais je suis limitée parce que c’est ma deuxième langue. »
Inconditionnelle des premières heures, j’ai grandi avec elle.
Chacun de ses pas fait résonner en moi un écho du passé.
Autour de thèmes communs: poésie, humour, provoc, désespoir, amour, sexe, alcool.
Souvenirs impérissables de mon enfance.

C’est par la musique et par une provocation toute paternelle que Charlotte Gainsbourg se fait connaître du grand public : je la découvre, en 1984, chuchotant la scandaleuse ‘Lemon Incest’ en compagnie de Serge, puis sur l’album « Charlotte for Ever » écouté en boucle dans la range vert bouteille décapotée de mes parents rock’n’roll, cheveux au vent, vers une escapade loin de Paris, direction Deauville et son « Club 13 », maison de famille de Lelouch et ma chambre « Gabin » théâtre de mes premières rêveries…
Poussée par sa mère, elle se tourne ensuite vers le cinéma. Ses premiers films, objets de fugues au parfum de stupre commandités par ma subversive nounou, sorties cultes, autour de « L’Effrontée » Chronique tendre et cruelle sur l’adolescence et ses désillusions qui lui vaut, à 15 ans, le césar du Meilleur espoir féminin et « La petite voleuse » ou l’ histoire de deux rebelles à toute autorité liés dans la complicité de l’amour, du vol, du goût du luxe…
A la même époque, à la demande de ma chère mère, je vis mes premiers balbutiements devant la caméra de christian Fechner mais sans envie…Tentative avortée et tant mieux…


Aujourd’hui petite Charlotte a 38 ans.
j’ai mûri, tout comme elle…
J’ai dû comme tout un chacun, en quête de sa propre identité et désirs profonds, faire certains deuils…salvateurs…
Comprendre ce passé qui était mien pour devenir un moi au diapason de son intériorité…en paix avec elle-même.
Merci Charlotte pour ton talent, ta grâce, ton humilité, ta pudeur et ta sincérité.
Te voilà libre maintenant…
Ne change plus rien, je t’aime comme cela.
Je vous invite à découvrir les deux derniers albums de la jolie Charlotte, “5.55″ et “IRM”, la Genèse de son 3ème opus tout juste sorti, suivie d’une interview recueillie par Julien Demets – Décembre 2009.
Le statut de fille de a permis de ressembler une dream-team que la première actrice venue n’aurait pas pu obtenir sans doute. En prenant des textes de Jarvis Cocker (Pulp), en confiant les compositions à Air et la production au génial Nigel Goodrich (les derniers Radiohead, Air donc, Beck…), le risque d’un album vraiment raté était faible.
Charlotte ne susurre plus, elle CHANTE, libérée par le californien Beck, laissant vibrer sa voix lui donnant du corps et du jeu. Elle se sent pousser de jolies ailes et cela s’entend et s’apprécie. Elle nous offre un album somptueux entre rock et folk.
Jusqu’alors, Beck et Charlotte s’étaient croisés sans se voir : quand l’une tournait pour Michel Gondry (dans ‘La Science des rêves’), l’autre confiait à ce dernier la réalisation de ses clips. Pour l’enregistrement de l’album ’5:55′, paru en 2006, la chanteuse avait même fait appel à l’arrangeur David Campbell, à Nigel Godrich et au duo Air, soit le père, le producteur et l’un des collaborateurs privilégiés du musicien américain. Bref, il était écrit que Charlotte Gainsbourg et Beck travailleraient un jour ensemble. La rencontre a eu lieu début 2008, à l’initiative de l’actrice et par l’entremise de Godrich. De nombreuses sessions d’enregistrement plus tard, ‘IRM’ était né. Son interprète évoque aujourd’hui tout ce qui entoure ce disque : travail, famille, batterie (d’examens
Plusieurs morceaux de l’album, ainsi que son titre, se réfèrent à l’hémorragie cérébrale dont vous avez été opérée en septembre 2007. La chanson ‘IRM’ contient même le bruit d’un scanner !
Le fait de passer si souvent sous cette machine me faisait voyager : ce sont des rythmes très chaotiques, des sons très dérangeants. J’étais persuadée qu’on pouvait l’intégrer à de la musique. Le son en lui-même, je l’ai piqué sur Internet : il existe un site sur lequel on peut écouter une séquence entière d’IRM pour se rassurer avant de passer l’examen.
Pour autant, la tonalité de l’album n’est jamais grave. Etait-ce un moyen de dédramatiser ?
Quand je me suis retrouvée face à Beck, j’ai voulu parler de choses qui m’étaient très proches, très intimes. Et forcément, il m’a paru évident d’aborder le sujet. Mais je n’étais pas dans une logique de souffrance. Au contraire, plutôt que de m’enfermer dans quelque chose de terrifiant, le bruit de l’IRM me transportait ailleurs. Le transposer en musique était comme une échappatoire.
Après Air ou Jarvis Cocker sur ’5:55′, c’est au tour de Beck d’être votre Pygmalion. Auriez-vous paradoxalement besoin d’une présence extérieure pour vous dévoiler ?
J’ai toujours aimé le rapport professeur/élève. C’est un schéma qui me réconforte. Bien sûr, je n’ai pas dit à Beck que je le considérais comme mon prof, mais j’ai beaucoup appris grâce à lui. Il y a une notion d’apprentissage et d’éveil musical. C’est comme ça que je le vis. Et c’est sans doute inconsciemment ce que j’attends d’un musicien avec lequel je travaille.
Peut-on comparer son rôle à celui d’un réalisateur de cinéma ?
Non, parce qu’il ne me guide pas. Il me laisse ma liberté et s’en inspire, comme un scénariste qui vous aurait devant les yeux au moment d’écrire. Mais après, c’est à vous de jouer.
Concrètement, comment étaient élaborées les chansons ?
De manière très spontanée, presque expérimentale. On partait d’un rythme, que Beck accompagnait de toutes sortes d’instruments qui l’entouraient, selon son humeur. Ça allait d’un jouet à 3 sous à une guitare professionnelle. En revanche, pour ce qui est des arrangements, il peaufine les titres pendant des semaines, très méticuleusement.
Et pour les textes ?
Il a une manière très imagée d’écrire. Cela me plaisait de m’approprier son langage, qui fait très souvent référence à la culture américaine, à des paysages qui ne sont pas les miens. C’est comme s’approprier un rôle. J’essayais également d’écrire, ce qui lui donnait un aperçu de ce que je voulais raconter, même si je n’arrivais pas toujours à le formuler. Parfois, un seul mot lui servait de point de départ.
Vous n’êtes pas ce qu’on appelle communément une “chanteuse à voix”. En faites-vous une revendication ?
Je chante très égoïstement, juste parce que j’y prends du plaisir. Je n’ai même pas envie de dire que c’est un mode d’expression. Bien sûr, j’ai envie de faire passer des choses personnelles, mais je n’ai pas de recul par rapport à ma voix. Cela reste quelque chose qui m’échappe, et c’est justement ce que j’aime. Beck m’a confortée dans l’idée que m’avait donnée mon père, à savoir qu’il se passe toujours quelque chose d’accidentel dans les premières prises. C’est ça, le plus intéressant. Ce qu’on obtient en retouchant à l’infini n’a pas grand intérêt par rapport au côté plus vrai de la première fois.
Au-delà du fait de chanter en anglais, vos influences musicales sont plutôt anglo-saxonnes. La chanson française, ce n’est pas votre truc ?
J’ai plus de mal, mais je dis cela sans dénigrer les auteurs français. C’est juste que j’ai une attirance plus immédiate pour la pop anglaise. Récemment, j’ai découvert Grizzly Bear, Animal Collective et M.I.A. Beck m’a également permis de découvrir Robert Johnson, pour les inspirations blues. Dans la chanson ‘Trick Pony’, je prononce la formule “Shake Sugaree”. En fait, c’est un titre d’Elizabeth Cotten, une femme qui chantait du blues seule avec sa guitare. La chanson m’a beaucoup touchée, je l’écoute en boucle. Sinon, il y a des choses que je revisite toujours : Radiohead, Dylan, Lou Reed… Je sais, c’est un peu facile de les citer.
Avec ‘Aung San Suu Kyi’, votre mère Jane Birkin a fait un pas dans la chanson engagée. Y a-t-il également des choses qui vous indignent et que vous pourriez mettre en musique ?
J’ai toujours du mal à parler de l’actualité. Je dis des trucs tellement bateau que je préfère me taire. Jusqu’alors, je n’ai pris position que lorsqu’il suffisait de signer une pétition. C’est comme donner des sous : je le fais facilement, mais cela ne demande pas un vrai effort. Jane est un vrai modèle pour moi dans le domaine de l’humanitaire, je la trouve très courageuse de défendre des causes avec autant d’énergie, de curiosité et d’implication. Peut-être que le jour où j’aurai quelque chose d’intéressant à dire, je le ferai. Mais pour l’instant, je n’ai pas eu ce déclic.
Parlez-vous de musique avec elle ?
On se fait écouter nos albums, puis on s’échange nos opinions. En général, on se lance plein de compliments, c’est vachement objectif. (rires) En dehors de cela, on n’a pas du tout de vraies discussions musicales. On parle d’autre chose ou alors, plus concrètement, du métier. Par exemple, elle me pousse beaucoup à faire de la scène.
Vous semblez mener votre carrière sans le moindre objectif de rentabilité, seulement guidée par vos envies du moment. Comment avez-vous atteint cette forme d’émancipation artistique ?
J’ai la chance d’avoir toujours suivi un rythme de plaisir. J’ai commencé à travailler à 12 ans. A l’époque, je choisissais un film par an à faire durant l’été. Seule comptait la notion de plaisir, je n’avais pas besoin de gagner ma vie à 12 ans. J’ai gardé ça parce que j’ai eu des sous. Je n’ai jamais eu besoin de travailler. Enfin si, bien sûr, j’ai une famille et je travaille, comme tout le monde. Mais disons que le cachet n’est pas la chose qui m’attire en premier vers un projet. Je me sens très privilégiée parce que je peux continuer à vivre de manière très innocente.



Artiste extrêmement rare sur scène, il semblerait que la belle aujourd’hui decomplexée se produira l’an prochain sur scène pour une série de concerts.
”J’avais eu une expérience traumatisante avec Air, il y a trois ans, lorsque je les avais rejoints en concert le temps de deux morceaux. J’avais tellement peur que c’en était désagréable. Mais cette fois-ci, je vais travailler avec des musiciens de Beck, et je me sentirai moins seule. J’ai envie d’être assez armée pour pouvoir affronter l’expérience. Une fois encore, j’ai besoin d’être guidée…Ma mère m’a dit aussi que c’était un plaisir particulier et qu’il fallait le vivre. Je trouve que c’est violent de monter sur scène et de chanter quand on est un peu timide. Mais je vais essayer. ”
Nous t’attendrons…
D’ici là,ses réponses dans “la Boîte à question” du “Grand Journal”
Tu as demandé quoi au Père Noël ?
Un chien mais je ne l’aurais pas
Quelle personnalité tu inviterais pour un diner de rêve ?
Yvan
La chanson dont tu as le plus honte dans ton MP3 ?
High School Musical pour ma fille
C’est marqué quoi sur votre boîte à lettres, Attal Gainsbourg ou Gainsbourg Attal ?
En fait c’est écrit C.G Y.A













































































2 Comments
bravo ! bravo ! ce blog est une belle découverte en cette fin d’année… merci et continuez SUPERBE
Merci c’est adorable. Les encouragements sont tellement agréables à lire…
J’espère vous recroiser très vite sur cet espace d’échange et n’hésitez pas à me faire part de vos éventuelles suggestions de sujets c’est toujours un plaisir que de recevoir un peu d’inspiration.
très bonne fête à vous Loulou et à la prochaine!
Sonja